Les bombes nucléaires, les armes du néant



C'est au milieu du 20ème siècle que la course à l'armement qui caractérise l'humanité depuis ses débuts, a atteint un seuil critique : l'arme ultime, la bombe nucléaire, mise au point et testée durant la Seconde Guerre Mondiale, permettait d'atteindre un nouvel âge des technologies militaires : on était tout à coup capable, on avait les moyens - et on les a toujours - de détruire une fois pour toute et sans retour possible, l'ensemble de l'humanité.

S'il ne s'agit plus désormais d'une arme à proprement parler moderne, sa puissance de destruction et les conséquences globales, à l'échelle planétaire, que son utilisation pourrait engendrer, en font une arme d'actualité qui n'a guère de concurrents plus dangereux pour l'humanité, si l'on excepte les progrès en matière de guerre biologique.

Mais la bombe nucléaire est encore plus que cela, elle n'est pas seulement l'arme qui pourrait détruire l'humanité : c'est une arme qui ne vise pas spécifiquement une espèce, non, c'est une arme qui vise la destruction de toute vie et de toute technologie, ce qui la rend plus dangereuse encore. Quand bien même l'humanité disparaîtrait, la vie pourrait continuer, et peut-être, dans quelques dizaines de millions d'années, donner naissance à une nouvelle espèce intelligente qui, espérons-le, se montrerait alors plus intelligente que nous.

Mais une guerre nucléaire pourrait anéantir cet espoir pour plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de millions d'années, en faisant régresser la vie de manière globale sur la planète, en éteignant en un laps de temps incroyablement court la majorité des espèces complexes : mammifères, plantes, poissons, insectes... Ne subsisteraient probablement que quelques micro-organismes ou quelques animaux particulièrement résistants tels que les microscopiques tardigrades. Dans tel cas, la vie devrait refaire un chemin de plusieurs milliards d'années pour retrouver une complexité aussi importante que celle d'aujourd'hui.

Mais il n'est même pas dit qu'elle puisse y arriver : après tout, nous ne savons toujours pas si l'apparition de l'intelligence sur Terre est un coup de dé cosmique qui a la plus petite chance de se reproduire - encore plus après l'anéantissement globale de la surface d'une planète, qui en est déjà, après tout, à près de la moitié de sa vie. En fait, les conditions de vie sur Terre ne devraient même pas durer suffisamment de temps pour permettre à un nouvel écosystème aussi complexe d'émerger, puisque le Soleil va "mourir" dans quelques milliards d'années, et bien avant lui, la Terre.

Alors ce sont incontestablement les bombes atomiques qui représentent la plus grande menace actuellement, non seulement pour l'humanité, mais également pour la vie, dont nous, humains, ne sommes en définitive qu'une petite partie - peut-être la plus cancérigène...