L'éponge-harpe carnivore, Chondrocladia lyra



Dans les abysses, à 3500 mètres de profondeur, le fond marin est un endroit sombre et dangereux, où même les créatures à l'apparence la plus insignifiante, peuvent se révéler mortelles. Chondrocladia lyra fait partie de celles-ci : sous ses airs d'éponge inoffensive et immobile, c'est en fait une silencieuse arme de chasse carnivore.

L'étonnante structure morphologique de C. lyra n'est pas sans rappeler la forme d'une harpe ou d'une lyre, qui lui a valu le surnom d'éponge-harpe. Chaque tige verticale présente des filaments tubulaires horizontaux en nombres conséquents, qui lui donne une apparence exquise. Mais ne vous y fiez pas, c'est en fait un dangereux prédateur des fonds marins : c'est grâce à ces branches que l'éponge capture de petits crustacés et animaux marins. Une fois sa proie accrochée aux branches, elle l'entoure d'une membrane chimiquement agressive et la digère lentement à travers ses pores. Pour attraper et retenir la proie, les branches présentent de nombreux pics et crochets recourbés, ressemblant à du velcro.

Le plus grand spécimen découvert atteignait une taille de 60 cm. Les balles que l'on voit au bout des tiges sont en fait les organes reproducteurs, remplis de spermatophores, que l'éponge libère pour féconder une congénère. Cela fait moins de 20 ans que l'on sait que des éponges peuvent être carnivores, alors qu'elles filtre habituellement l'eau pour y recueillir des matières organiques. Les éponges sont même assez peu connues, si l'on excepte celles qui peuplent nos éviers. Peu de gens savent qu'il s'agit en fait d'animaux, au même titre que les chats ou les chiens.