L'Uunartoq Viking : comment naviguer la nuit si vous êtes un barbare sans GPS



Naviguer sur l'océan hors des zones côtières était, dans l'ancien temps, aussi risqué que de chercher à quatre pattes dans le désert du Sahara, la dune sur laquelle vous aviez laissé votre serviette de plage trois ans auparavant. Les fichus rafiots du premier Moyen-âge n'avaient en effet aucun système GPS embarqué, pas plus qu'ils n'avaient de compas magnétique ou de groupe électrogène pour recharger leurs portables.

Si vous vouliez aller, par exemple, de la côte du Portugal jusqu'en Angleterre en passant par l'océan, vous auriez tout aussi bien pu vous retrouver au Canada après quelques semaines de navigation, puisqu'au milieu des océans, toutes les vagues se ressemblent fichtrement, et il n'y a guère que de ça à tous les horizons.


Pourtant, un peuple a su conquérir l'Atlantique sans y perdre la boussole, naviguant de la Norvège au Groenland, en passant parfois par l'Islande, le tout en un minimum de temps et en ligne droite. Et pas qu'une fois. Les scientifiques étaient dubitatifs quant aux capacités remarquables des vikings à parcourir les océans, quand dans le même temps, les autres civilisations d'Europe tournaient en rond au milieu des mers dès que la côte était hors de vue. Jusqu'à ce qu'en 1948, ils découvrent un artefact viking qui, a première vue, n'avait pourtant pas l'air à proprement parler, extraordinaire.

Une moitié de GPS viking
Il s'avéra cependant, après étude[1], qu'il s'agissait d'un surprenant compas d'une technologie incroyablement avancée pour l'époque. Cette même époque, avant l'invention des compas magnétiques, qui ne permettait aux navigateurs que de s'orienter vaguement grâce à la lumière du soleil et un cadran, partant du principe que l'ombre du soleil à une époque donnée, renseignait l'heure de la journée et la direction approximative qu'il fallait suivre. Bien sûr, la nuit, ou les jours particulièrement pluvieux, ces fameux compas étaient aussi utiles au capitaine qu'une paire d'adidas l'étaient au moussaillon cul-de-jate, et l'on aurait eu vent de la direction à suivre aussi bien qu'en sacrifiant une chèvre au dieu Odin.

Mais le fameux GPS en bois des seigneurs du Nord, nommé Uunartoq disc (du nom de l'endroit, au Groënland, où il fut retrouvé) pouvait composer avec l'apparente absence de lumière : les récits médiévaux évoquent l'utilisation de "cristaux magiques" qui permettaient de lire le cadran même lorsque le soleil fut invisible. Cela n'avait bien entendu rien de magique : il s'avère que, placés au centre du disque, des cristaux (Pierre de Soleil) pouvaient créer des patterns lumineux, bref, réarranger la lumière, de sorte que, même lorsque le soleil était sous l'horizon, on pouvait lire l'orientation du soleil sur le disque, pourvu de nombreuses encoches permettant de distinguer les directions cardinales. Et il faut se rappeler que là où naviguaient les vikings, près du cercle arctique, les crépuscules pouvait durer quelques mois.

Les reflets étrange d'une Pierre de Soleil
En fait, un groupe de chercheurs démontra qu'il était possible de déterminer, à l'aide d'un cristal et du disque, une direction avec seulement 4 degrés d'erreur, un résultat comparable aux compas magnétiques modernes. Il n'est pas encore prouvé que les vikings (dont on sait cependant qu'ils pouvaient avoir accès à ce type de cristaux), utilisaient cette technologie de façon aussi précise, quoique leurs qualités navigatrices le suggèrent. On sait en tout cas grâce à ces dernières que les navigateurs des froids polaires, n'avaient aucunement besoin de Googlemap pour se diriger au milieu des océans, donc pas besoin de portable : leur problème d'électrogène était donc résolu.


[1]Balázs Bernáth, Alexandra Farkas, Dénes Száz, Miklós Blahó, Ádám Egri, András Barta, Susanne Åkesson, and Gábor Horváth (2014). How could the Viking Sun compass be used with sunstones before and after sunset? Twilight board as a new interpretation of the Uunartoq artefact fragment. Proc R Soc A 2014 470: 20130787